Pour comprendre Troyes aujourd'hui, il faut connaitre son passé
Comprendre Troyes, c'est avant tout remonter à ses origines et découvrir les événements qui, au fil des siècles, ont façonné le visage de cette ville remarquable.
Afin de vous faire découvrir l'histoire de Troyes, nous avons tout d'abord établi une chronologie des principaux événements qui ont marqué son évolution. Certains d'entre eux méritant un développement plus approfondi, nous avons choisi de leur consacrer des sections spécifiques.
HISTOIRE DE TROYES
Vingt siècles d'histoire au cœur de la Champagne
De la cité gauloise des Tricasses à la capitale de la maille, Troyes a traversé l'histoire en y laissant chaque fois son empreinte : un concile qui couronne un roi, un autre qui fonde les Templiers, les foires qui financent l'Europe, le Graal qui naît sous la plume d'un poète, et le traité qui faillit effacer la France.
Pourquoi Troyes mérite le détour ?
Posons d'emblée le décor. Troyes n'est pas une « petite ville de province » qui aurait eu, çà et là, quelques heures de gloire. C'est une ville qui s'est trouvée, à plusieurs reprises, au centre de l'histoire de France et de l'Europe — par sa position géographique d'abord, à la croisée des routes reliant l'Italie et la Flandre, puis par l'intelligence de ses comtes, de ses marchands et de ses artisans.
Antiquité et Haut Moyen Âge : la naissance d'une cité
Avant J.-C.
Des Tricasses gaulois à la cité romaine d'Augustobona
Avant Rome, le territoire est celui du peuple gaulois des Tricasses — ce sont eux qui donnent leur nom à la ville. Sous la domination romaine, la cité devient Augustobona Tricassium, installée sur la grande voie commerciale reliant le nord et le sud de la Gaule. Retenez bien cette donnée : Troyes est une ville de passage et d'échange dès l'origine. Tout le reste de son histoire en découle.
IIIᵉ – IVᵉ siècles
Les premiers remparts
Face aux invasions, les habitants se replient derrière une enceinte fortifiée. Ce tracé antique dessine encore aujourd'hui une partie de la vieille ville : il forme la « tête » de ce que les Troyens appellent affectueusement le Bouchon de Champagne (nous y reviendrons).
451
Saint Loup arrête Attila
Quand Attila et ses Huns ravagent la Gaule et marchent sur la ville, l'évêque Loup de Troyes (le futur Saint Loup) négocie et obtient que la cité soit épargnée. Selon la tradition, Attila la traverse sans verser le sang. L'épisode, plus légendaire qu'historiquement assuré dans ses détails, fonde durablement l'identité religieuse de la ville.
7 septembre 878
Un pape couronne un roi à Troyes
Voici un fait moins connu mais considérable. Chassé de Rome, le pape Jean VIII gagne la Francie occidentale et convoque à Troyes un concile (été 878). À cette occasion, le 7 septembre, il sacre le roi Louis II le Bègue, fils de Charles le Chauve. C'est un second couronnement — le roi avait déjà été sacré à Compiègne l'année précédente — et il se déroule en l'église Saint-Jean. Qu'un souverain carolingien reçoive l'onction des mains mêmes du pape, sur le sol du royaume, demeure exceptionnel et renforce la légitimité sacrée de la monarchie face aux grands féodaux.
L'âge d'or médiéval (XIᵉ – XIIIᵉ siècles) : Troyes au sommet
C'est ici que Troyes devient une capitale européenne. En deux siècles, la ville produit un savant, un ordre de chevalerie, une littérature nouvelle et un système financier — rien de moins.
1040 – 1105
Rachi, la plus grande lumière de l'exégèse
Né et mort à Troyes, Rabbi Shlomo Yitzhaki, dit Rachi, est considéré comme le plus grand commentateur de la Bible hébraïque et du Talmud. Son école talmudique fait de Troyes un foyer intellectuel de rayonnement mondial, dont les commentaires sont aujourd'hui encore étudiés partout dans le monde. La ville lui rend hommage par un monument et un institut portant son nom.
13 janvier 1129
Le concile qui fonde les Templiers
Originaire de Payns, à quelques kilomètres de la ville, Hugues de Payns a fondé en Terre sainte une petite milice de moines-soldats. Pour la faire reconnaître, un concile est convoqué à Troyes à l'initiative du pape Honorius II. Sous l'influence décisive de Bernard de Clairvaux — la grande figure spirituelle de l'époque, abbé tout proche — l'assemblée reconnaît officiellement l'Ordre du Temple et lui donne sa règle. Le destin des célèbres Templiers, à la croix rouge sur manteau blanc, se noue donc ici.
XIIᵉ siècle
La cour de Champagne, capitale de l'amour courtois
Troyes est alors la capitale des puissants comtes de Champagne, parmi les plus grands vassaux du roi. Sous la protection de la comtesse Marie de Champagne (fille d'Aliénor d'Aquitaine et du roi Louis VII), la cour devient le plus brillant foyer de l'amour courtois en Europe : un idéal de respect, de service et de raffinement qui va transformer en profondeur la poésie, les manières et le rapport aux femmes dans toute la chevalerie occidentale.
vers 1170 – 1190
Chrétien de Troyes invente le roman… et le Graal
Attaché à cette cour, Chrétien de Troyes est le père du roman de chevalerie. En écrivant Lancelot (commandé par Marie de Champagne elle-même) et Perceval, il popularise la légende du roi Arthur et de la Table Ronde, et introduit pour la première fois dans la littérature le motif fascinant du Saint Graal. Une part essentielle de l'imaginaire occidental est née sous la plume d'un Troyen.
XIIᵉ – XIIIᵉ siècles
Les Foires de Champagne : le « marché de l'Europe »
Deux fois par an, Troyes devient le grand carrefour commercial et financier du continent. Marchands italiens, flamands, allemands et espagnols viennent y échanger draps, soieries, cuirs, épices et métaux précieux. Surtout, c'est là que s'inventent les premières grandes pratiques bancaires d'Occident : la lettre de change et le crédit à grande échelle. Troyes ne vend pas seulement des marchandises — elle invente une part de la finance moderne.
Le saviez-vous ? L'once de Troyes De ces foires nous est restée une unité de mesure : l'once troy (« troy ounce »), héritière de l'once de Troyes. Encore utilisée aujourd'hui pour coter l'or et l'argent à Londres comme à New York, elle pèse environ 31,1 grammes. Huit siècles plus tard, les marchés financiers du monde entier parlent encore, sans le savoir, le langage des foires troyennes.
1284
Le mariage qui fait entrer la Champagne dans le royaume
En 1284, le futur roi Philippe IV le Bel épouse Jeanne de Navarre, héritière et comtesse de Champagne. Cette union scelle le rattachement du richissime comté au domaine royal, définitivement acquis au début du XIVᵉ siècle. Un tournant majeur pour la centralisation du pouvoir et la construction de l'État moderne français.
Guerre de Cent Ans : la France au bord du gouffre
21 mai 1420
Le Traité de Troyes, « le honteux traité »
C'est sans doute l'événement le plus célèbre. Dans la cathédrale de Troyes est signé un traité qui reconnaît le roi d'Angleterre Henri V comme héritier légitime du trône de France, au détriment du dauphin (le futur Charles VII). Négocié dans le camp anglo-bourguignon avec l'appui de la reine Isabeau de Bavière, il place la souveraineté française au bord de la disparition.
juillet 1429
Jeanne d'Arc rallie la ville
Le sursaut viendra vite. Lors de sa marche vers Reims pour faire sacrer Charles VII, Jeanne d'Arc obtient la reddition de Troyes sans effusion de sang. Le ralliement des cités champenoises à la couronne marque le retournement de la guerre. Neuf ans après le « honteux traité », Troyes revient dans le giron français.
Renaissance et temps modernes : splendeurs et déchirures
1524
Le grand incendie… et la ville Renaissance
Un gigantesque incendie ravage le quartier des marchands. Paradoxe : ce drame offre à Troyes son visage actuel. Reconstruite en quelques décennies, la ville se couvre de maisons à pans de bois — le plus bel ensemble de France — et connaît le « Beau XVIᵉ », âge d'or de ses peintres-verriers, sculpteurs et imagiers. Vitraux, statues et jubés de pierre datent largement de cette renaissance.
septembre 1572
La Saint-Barthélemy troyenne
Quelques jours après les massacres de Paris, les violences religieuses frappent Troyes : malgré des appels au calme, les protestants emprisonnés sont massacrés. Un épisode tragique qui rappelle combien les guerres de Religion ont déchiré les provinces françaises, jusqu'au cœur des villes.
XVIIᵉ – XIXᵉ siècles
La Bibliothèque bleue : le livre pour tous
Voici une contribution dont Troyes peut être fière. Les imprimeurs de la famille Oudot inventent au début du XVIIᵉ siècle la Bibliothèque bleue : de petits livres bon marché, à couverture bleu-gris, diffusés dans les campagnes par les colporteurs. Contes, vies de saints, récits et romans pénètrent ainsi les foyers populaires. C'est l'un des tout premiers jalons de la démocratisation de la lecture et de l'alphabétisation de masse en France.
Époque contemporaine : l'Empire, puis la maille
février – mars 1814
Napoléon et la Campagne de France
Face aux armées coalisées (Prussiens, Russes, Autrichiens) qui marchent sur Paris, Troyes devient un point névralgique. Napoléon Iᵉʳ y établit son quartier général à plusieurs reprises ; la ville change de mains et subit les rigueurs des combats. C'est l'un des derniers grands théâtres d'opérations avant l'abdication.
XIXᵉ – XXᵉ siècles
La capitale française de la bonneterie
Avec la révolution industrielle, Troyes devient la capitale française de la maille (bas, chaussettes, sous-vêtements). À son apogée, le textile y emploie jusqu'à 25 000 ouvriers. La ville fabrique ses propres machines, ses produits, ses marques : Petit Bateau (issue de la famille Valton, dont l'usine ouvre en 1893) et Dim y naissent. En 1933, le champion de tennis René Lacoste s'associe au grand bonnetier troyen André Gillier pour créer La Chemise Lacoste : le célèbre polo au crocodile est produit à Troyes.
Cet héritage explique la reconversion réussie de la ville, devenue aujourd'hui la capitale européenne des magasins d'usine, qui attire chaque année des millions de visiteurs.
Anecdotes
Le mystère du Bouchon de Champagne Vu du ciel, le centre historique dessine parfaitement la forme d'un bouchon de champagne : la « tête » correspond à l'ancienne cité gallo-romaine (autour de la cathédrale), le « corps » au bourg marchand développé au Moyen Âge. Pure coïncidence, due au tracé des remparts et des canaux de la Seine — cette silhouette s'est dessinée bien avant l'invention du champagne, et ne fut remarquée que longtemps après le Moyen Âge !
Pourquoi des façades si colorées ? Au Moyen Âge, les pans de bois étaient enduits de chaux ou de pigments naturels pour protéger le bois. Lors de la grande restauration des années 1960-1970, la ville a choisi de redonner de la couleur aux façades — ocre, bleu pastel, vert, rouge sang-de-bœuf — en s'inspirant des teintes de la Renaissance. D'où ce centre-ville si gai et photogénique.
Une ville, quatre « inventions » mondiales : le Saint Graal en littérature (Chrétien de Troyes), la règle des Templiers (concile de 1129), l'once de Troyes sur les marchés de l'or, et le livre populaire bon marché (la Bibliothèque bleue). Peu de villes de cette taille peuvent en dire autant.
En conclusion
Du sacre d'un roi carolingien aux polos au crocodile, en passant par les foires transeuropéennes, les chevaliers du Temple, le Graal et le livre de colportage, Troyes n'a cessé d'irriguer l'histoire de France et d'Europe. Son tissu urbain — églises gothiques, vitraux d'exception, maisons à pans de bois — en reste le témoin vivant. C'est tout cela qu'il s'agit de faire voir, et surtout comprendre, au fil de la promenade.
Bonne visite à Troyes — la cité aux mille histoires de la Champagne.














LES TRICASSES
Aux origines d'une ville millénaire
Bienvenue à Troyes ! Avant de vous perdre dans le charme de ses maisons à colombages et la splendeur de ses églises gothiques, remontons plus de 2 000 ans en arrière, à l'époque où la ville n'existait pas encore sous ce nom, et où ce territoire était celui d'un peuple gaulois : les Tricasses.
🏹 Qui étaient les Tricasses ?
Installés le long de la Seine, dans l'actuel département de l'Aube, dès le VIᵉ siècle avant notre ère, les Tricasses occupaient un site stratégique : un carrefour entre la Champagne sèche, la Champagne humide et le pays d'Othe, naturellement favorable au commerce — mais aussi un site marécageux, riche et difficile à conquérir.
Leur nom reste un petit mystère linguistique que les visiteurs aiment se raconter : l'hypothèse la plus ancienne y voit une référence aux « trois boucles » ou « trois tresses », une coiffure de guerriers celtes. Mais des recherches plus récentes proposent une lecture toute différente : les Tricasses seraient plutôt les « passeurs », ceux qui faisaient transiter l'étain venu du nord de l'Europe vers la Méditerranée. Personne n'a encore tranché — et c'est ce qui rend l'histoire amusante à raconter !
🏛️ De la cité gauloise à la pierre romaine : Augustobona
Quand les Romains organisent la Gaule sous le règne d'Auguste (vers 27-13 av. J.-C.), ils fondent une ville nouvelle sur ce site : Augustobona, « la fondation d'Auguste ».
La cité se trouve sur un axe stratégique majeur : la Via Agrippa, qui reliait Milan à Boulogne-sur-Mer en passant par la Gaule — Troyes était donc une étape entre l'Italie romaine et la Manche !
Le saviez-vous ? Vous pouvez marcher sur cette voie antique aujourd'hui : c'est l'actuelle rue de la Cité, qui correspond au decumanus maximus (l'axe est-ouest) de la ville romaine. Le cardo (l'axe nord-sud) correspond aux actuelles rue de la Tour et rue Boucherat.
À partir de la fin du IVᵉ siècle, face aux invasions germaniques, la ville se fortifie d'un rempart carré d'environ 400 mètres de côté, construit avec les pierres des édifices romains démontés. C'est à cette époque que le nom du peuple d'origine reprend le dessus sur celui de l'empereur : Augustobona devient la Civitas Tricassium, qui donnera, après plusieurs siècles d'évolution (Trecassis, Treci, Troies...), le nom de Troyes.
🏰 Le Moyen Âge et le mystère du « Bouchon de Champagne »
Des siècles plus tard, Troyes devient la prestigieuse capitale des comtes de Champagne. Aux XIIᵉ et XIIIᵉ siècles, la ville vibre au rythme des célèbres Foires de Champagne : des marchands de toute l'Europe s'y pressent pour échanger draps, épices et devises, faisant de Troyes l'un des grands carrefours économiques de l'Occident médiéval.
C'est à cette époque que la ville déborde de son ancien rempart carré romain et s'étend, surtout vers l'ouest, pour accueillir cette activité marchande. Entourée de remparts et de fossés en eau qui suivent les méandres de la Seine, elle dessine alors la silhouette qu'on lui connaît aujourd'hui : vue du ciel, le centre historique de Troyes a la forme exacte d'un... bouchon de champagne !
Le petit piège historique à connaître Le carré romain des Tricasses ne forme que la « tête » du bouchon (autour de la cathédrale et du quartier de la Cité). Le « corps » du bouchon, lui, s'est développé au Moyen Âge vers l'ouest, là où bat aujourd'hui le cœur commerçant de la ville.
🥾 Votre voyage commence ici
En parcourant le centre historique, gardez à l'esprit que sous les pavés et les façades à colombages se cachent les fondations romaines et les énigmes non résolues des Tricasses. Bon voyage à travers 2 500 ans d'histoire champenoise !


LES COMTES DE CHAMPAGNE
L'âge d'or médiéval de la Champagne
Les comtes de Champagne, leur cour brillante et l'empreinte des grandes foires sur le paysage actuel.
1. La Champagne, superpuissance médiévale
Comprendre les comtes de Champagne permet de lire le paysage médiéval autrement : villes, foires, cathédrales, châteaux et essor économique sont directement liés à leur pouvoir. Entre le XIᵉ et le XIIIᵉ siècle, le comté de Champagne fut l'une des principautés les plus puissantes d'Europe occidentale, rivalisant souvent avec le roi de France lui-même.
💡 Le saviez-vous ? Le fameux « Bouchon de Champagne », qui dessine la forme du centre historique de Troyes, trouve ses racines dans les aménagements des comtes ! Ce sont eux qui ont canalisé la Seine, créé les lignes de remparts et creusé les fossés qui donnent cette silhouette si caractéristique.
2. Des origines morcelées à l'unification (XIᵉ – XIIᵉ s.)
À l'origine, la Champagne n'est pas unifiée : elle se compose de plusieurs comtés rivaux autour de Troyes, Meaux, Provins et Bar-sur-Aube. À partir du XIᵉ siècle, la puissante Maison de Blois hérite de ces terres et entreprend de les rassembler sous une seule autorité.
Début XIIᵉ siècle
Hugues Iᵉʳ, le premier de la lignée
Le premier à porter officiellement le titre de « comte de Champagne ». Personnage pieux, proche ami de Bernard de Clairvaux, il soutient massivement l'Ordre cistercien. Son coup d'éclat : pris d'une ferveur mystique, il abandonne titre, richesses et terres à son neveu pour s'engager chez les Templiers, devenant l'un des premiers chevaliers de l'Ordre du Temple.
3. Thibaut le Grand : le bâtisseur de l'État champenois
1125 – 1152
Thibaut II de Champagne
Le neveu d'Hugues fait du comté une machine politique et économique redoutable. Surnommé « Thibaut le Grand », il mène une politique d'indépendance farouche face au roi de France : son domaine encercle littéralement le petit domaine royal des Capétiens, représentant une menace constante. C'est sous son gouvernement que les Foires de Champagne prennent une envergure internationale.
4. Henri Iᵉʳ le Libéral : l'apogée et l'âge d'or
1152 – 1181
Le règne le plus brillant
S'il faut retenir un seul comte, c'est probablement Henri Iᵉʳ, dit « le Libéral ». Son long règne correspond à l'apogée de la principauté, considérée alors comme l'un des États les mieux administrés, les plus sûrs et les plus riches d'Europe.
Le miracle économique des Grandes Foires
Henri institutionnalise et développe le cycle des grandes foires qui se déroulent toute l'année dans quatre villes clés : Troyes, la capitale (foires « chaudes » en été, « froides » en hiver) ; Provins, la puissante cité fortifiée ; et Lagny-sur-Marne et Bar-sur-Aube, qui complètent le calendrier annuel.
💸 Le sauf-conduit et l'once de Troyes Pour attirer les marchands d'Italie ou de Flandre, Henri invente le sauf-conduit comtal : une protection absolue. Si un marchand était attaqué ou volé sur les terres du comte, celui-ci le remboursait sur ses propres deniers et poursuivait les bandits avec son armée !
C'est aussi à cette époque qu'est créée l'once de Troyes, unité de mesure pour peser l'or et l'argent, si parfaite qu'elle est encore utilisée aujourd'hui sur les marchés financiers internationaux.
Une cour brillante et l'amour courtois
Henri transforme sa cour de Troyes en pôle culturel majeur. Il épouse Marie de France, fille de la célèbre Aliénor d'Aquitaine. Ensemble, ils protègent les plus grands écrivains de l'époque, notamment Chrétien de Troyes, qui invente ici une grande partie de la légende du roi Arthur, du Graal, et codifie les règles de l'« Amour Courtois ».
5. Les comtes croisés et le destin mondial
La dynastie est intimement liée aux croisades et à l'Orient, favorisant d'incroyables échanges culturels, botaniques et architecturaux.
Henri Iᵉʳ participe à la deuxième croisade. Son fils, Henri II de Champagne, part en Terre sainte et réalise un destin extraordinaire : il épouse la reine Isabelle de Jérusalem et devient Roi de Jérusalem en 1192 ! Thibaut III, frère cadet d'Henri II, est désigné chef suprême de la quatrième croisade lors d'un grand tournoi dans son château d'Écry, mais meurt prématurément en 1201, à 20 ans, juste avant le départ.
6. Thibaut le Chansonnier : le comte devenu roi
1201 – 1253
La figure la plus romanesque
Fils posthume de Thibaut III, Thibaut IV est orphelin avant sa naissance. Son enfance est secouée par de terribles guerres de succession, mais sa mère Blanche de Navarre défend ses droits avec un courage immense.
Un prince-poète aux amours impossibles
Resté célèbre sous le nom de Thibaut le Chansonnier, il est l'un des plus grands poètes et compositeurs du Moyen Âge. La légende raconte qu'il composait ses chansons d'amour courtois pour les beaux yeux de la reine de France, Blanche de Castille (mère de Saint Louis), dont il était secrètement et éperdument amoureux, malgré leurs rivalités politiques.
L'apogée : la couronne de Navarre
En 1234, par le jeu des alliances de sa mère, Thibaut hérite du royaume de Navarre et devient roi sous le nom de Thibaut Iᵉʳ de Navarre, tout en restant comte de Champagne. Les Champagne entrent dans le club très fermé des familles royales d'Europe.
🌹 Anecdote botanique C'est au retour d'une croisade menée par Thibaut le Chansonnier (1239) que fut rapportée en Europe la fameuse Rose de Damas, qui devint la célèbre « Rose de Provins », cultivée pour ses vertus médicinales et ses parfums.
7. Le déclin et le rattachement à la France
Devenus rois, les successeurs de Thibaut passent de plus en plus de temps dans leur palais de Pampelune en Navarre et délaissent peu à peu la Champagne. L'administration locale, très moderne, continue de tourner, mais l'indépendance politique s'étiole.
Le destin bascule avec la dernière héritière directe, la jeune comtesse Jeanne Iʳᵉ de Navarre. En 1284, elle épouse l'héritier du trône de France, le futur Philippe IV le Bel. La Champagne apporte en dot ses immenses richesses à la couronne. En 1314, à la mort de leur fils aîné, le comté perd son autonomie et est définitivement intégré au domaine royal français.
8. Que voir ?
À Troyes (la capitale politique)
Déambulez dans le quartier Saint-Jean et observez le tracé des rues médiévales étroites. Observez l'emplacement des anciens canaux créés par les comtes pour alimenter les moulins des tanneries et draperies. Imaginez la richesse des foires devant l'église Saint-Jean-au-Marché.
À Provins (la place forte économique)
Les spectaculaires remparts construits par les comtes ; la Tour César, donjon résidentiel et symbole de la puissance comtale ; les immenses granges et les souterrains médiévaux où les marchands stockaient leurs étoffes.
À Clairvaux
L'abbaye fut fondée grâce aux donations de terres par le comte Hugues Iᵉʳ, scellant l'alliance indéfectible entre les comtes et l'ordre cistercien.
9. Résumé en une minute
« Les comtes de Champagne ont réussi un véritable tour de force : transformer une région morcelée en plaque tournante du commerce européen du Moyen Âge. Grâce à l'invention de la sécurité des marchands, à une monnaie forte et à une diplomatie qui les a menés jusqu'aux trônes de Jérusalem et de Navarre, ils ont créé un âge d'or économique et culturel unique. Lorsque la Champagne est rattachée à la France par un mariage en 1284, elle est si riche qu'elle va durablement renflouer les caisses du royaume. »




LES FOIRES DE CHAMPAGNE
Le cœur économique de l'Europe médiévale (XIIᵉ – XIVᵉ s.)
Pendant 150 ans, la Champagne fut le plus grand carrefour commercial et financier d'Occident — et le berceau de la banque moderne.
1. Le premier « Marché Commun » européen
Entre 1150 et 1300, la Champagne accueille le plus grand carrefour commercial d'Europe occidentale, point de rencontre entre deux géants économiques : au Nord, la Flandre et ses draps de laine ultra-prisés ; au Sud, les cités italiennes (Gênes, Venise, Florence) chargées de soies et d'épices d'Orient.
Imaginez un hub aérien international au Moyen Âge, mais sans avions. Pendant 150 ans, la Champagne a été le centre du monde économique. On y entendait parler toutes les langues, et la population des villes triplait d'un coup à l'ouverture des foires ! »
2. Un cycle permanent unique au monde
Les foires ne s'arrêtaient jamais. Elles tournaient toute l'année entre quatre villes dans un ordre immuable ; dès qu'une foire se terminait, la suivante commençait à quelques dizaines de kilomètres.
Janvier – Février
Lagny-sur-Marne · 1 foire
La foire d'hiver, qui ouvrait le cycle annuel.
Carême (Février – Mars)
Bar-sur-Aube · 1 foire
La foire de Carême, qui prenait le relais au début du printemps.
Mai & Septembre
Provins · 2 foires
La foire de mai et la foire Saint-Ayoul en septembre, dans la puissante cité fortifiée.
Juillet & Novembre
Troyes · 2 foires
La « foire chaude » en été et la « foire froide » en hiver, dans la capitale du comté.
3. Les Comtes de Champagne et le « Conduit »
Ce succès n'est pas un hasard : c'est un coup de génie politique des comtes (notamment Henri le Libéral et les Thibaut). En garantissant la sécurité des marchands, ils s'assuraient des taxes colossales.
Le « Conduit de foire » « Le comte offrait une protection juridique et militaire totale. Si un marchand italien se faisait attaquer par un brigand ou un seigneur local sur la route de la foire, le comte envoyait son armée punir l'agresseur, brûler son château s'il le fallait, et remboursait le marchand jusqu'au dernier grain de poivre volé ! C'était révolutionnaire pour l'époque. »
4. Le rituel des 6 semaines
Chaque foire durait environ 6 à 7 semaines et suivait un calendrier interne très strict :
1. L'Entrée (la montre) : les premiers jours, on déballe les marchandises sous l'œil des gardes.
2. La vente des draps : la marchandise reine, les textiles flamands.
3. Les avoirs de poids : tout ce qui se pèse (épices, safran, poivre, cuir, cire, métaux précieux), qui passait obligatoirement par les balances officielles des gardes pour éviter les tricheries.
4. Les jours de finance : les deux dernières semaines, on ne vend plus rien, on paie.
5. L'invention de la finance moderne
C'est ici que l'impact historique est le plus fort. Pour éviter de transporter des tonnes de pièces d'or sur des routes dangereuses, les foires ont inventé la banque moderne par pure nécessité.
La lettre de change
L'ancêtre de la carte bancaire : un papier signé à Florence permettait de récupérer son argent à Troyes.
Le virement de parties
Une chambre de compensation avant l'heure. Les banquiers italiens notaient les dettes des uns et des autres dans des registres, et à la fin de la foire, ils annulaient les dettes croisées.
Le Marc et l'Once de Troyes
Pour peser les métaux et épices de valeur face au chaos des monnaies, les foires ont créé un étalon universel d'une logique implacable : 1 Livre = 2 Marcs, et 1 Marc de Troyes = 8 Onces (chaque once ≈ 30,59 g ; le Marc ≈ 244,75 g ; la Livre ≈ 489,5 g).
L'héritage de l'Once Troy Les marchands anglais ont tant apprécié ce système qu'ils l'ont ramené chez eux sous le nom de « Troy Weight ». Aujourd'hui encore, Wall Street, la City de Londres et toutes les banques de la planète utilisent l'Once Troy (ajustée à 31,103 g) comme unité officielle pour fixer le cours mondial de l'or et des métaux précieux !
L'origine du mot « banqueroute » Le mot « banque » vient de l'italien banco, la table en bois sur laquelle le changeur pesait les monnaies avec ses onces de Troyes. Si un banquier trichait ou faisait faillite, les gardes de la foire venaient fracasser publiquement sa table : banca rotta, la table brisée — d'où « banqueroute » !
6. Le rôle des communautés juives de Champagne
La Champagne des XIIᵉ et XIIIᵉ siècles est aussi l'un des plus grands centres intellectuels et économiques du judaïsme européen. Les comtes, pragmatiques, ont accordé leur protection aux Juifs, ayant compris leur valeur pour l'économie locale.
Traducteurs et facilitateurs de commerce
« Comment un Flamand s'entendait-il avec un marchand venu de Constantinople ou d'Afrique du Nord ? Les communautés juives de Troyes ou de Provins appartenaient à un réseau international, parlaient souvent plusieurs langues et maîtrisaient l'écrit et la comptabilité. Elles ont servi de traducteurs, courtiers et intermédiaires indispensables. »
Le crédit et le financement
L'Église interdisait aux chrétiens le prêt à intérêt (péché d'usure). La communauté juive, non soumise aux lois de l'Église, a pu légalement prêter aux marchands et seigneurs, fournissant les capitaux nécessaires pour financer les voyages et les stocks.
Rachi de Troyes « À Troyes, vous marchez sur les pas de Rachi (1040-1105), le plus grand commentateur de la Bible hébraïque et du Talmud. De New York à Jérusalem, ses textes sont encore étudiés. Mais saviez-vous que Rachi et ses disciples étaient vignerons et participaient au commerce local ? C'est ce climat de tolérance et d'effervescence intellectuelle qui a fait le succès des foires. »
7. Les traces visibles aujourd'hui
Les maisons à pans de bois et encorbellement
Les étages avancent sur la rue pour gagner de la place et abriter les marchandises déballées en cas de pluie.
Les caves voûtées
Ce n'était pas pour le champagne ! C'étaient les coffres-forts des marchands. Face au danger d'incendie, on stockait soieries et épices sous des voûtes de pierre, avec des accès directs depuis la rue pour y descendre les lourdes balles de tissu.
8. Pourquoi les foires ont-elles disparu ?
Au XIVᵉ siècle, le système s'effondre pour quatre raisons :
1. Le mariage fatal et la fiscalité : en 1284, l'héritière de Champagne épouse Philippe le Bel ; la région est rattachée à la Couronne, qui taxe lourdement les marchands étrangers, brisant la politique attractive des comtes.
2. L'expulsion des Juifs (1306) : Philippe le Bel expulse la communauté juive pour confisquer ses biens, privant les foires de leurs principaux intermédiaires financiers.
3. Le transport : les Italiens ouvrent des routes maritimes directes vers Bruges — plus besoin de traverser la France à cheval.
4. La sédentarisation : les marchands ouvrent des comptoirs permanents à Paris ou Bruges. La Peste Noire (1347) porte le coup de grâce au modèle itinérant.




LES TEMPLIERS
Au cœur du mythe et de la Champagne médiévale
L'Ordre du Temple reste l'un des ordres religieux et militaires les plus fascinants du Moyen Âge. Ce que beaucoup ignorent, c'est que le destin de l'Ordre s'est en grande partie joué ici, en Champagne, et tout particulièrement à Troyes.
La fondation de l'Ordre
Vers 1119-1120
Des moines-soldats en Terre sainte
Fondé à Jérusalem à la suite de la Première Croisade, l'Ordre du Temple avait pour mission première de protéger les pèlerins sur les routes de Terre sainte. En quelques décennies, ces moines-soldats devinrent une puissance militaire, politique et surtout financière majeure en Europe.
Troyes, berceau de la reconnaissance officielle
13 janvier 1129
Le Concile de Troyes
Troyes accueille le Concile de Troyes, un événement capital de l'histoire médiévale. Ouvert sous l'autorité du légat du pape, ce concile examine et officialise le jeune ordre des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon. C'est à cette occasion que les Templiers reçoivent la reconnaissance officielle de l'Église.
Le rôle de saint Bernard
C'est saint Bernard de Clairvaux, grande figure champenoise et fondateur de l'abbaye de Clairvaux, qui joue un rôle décisif : il parraine l'Ordre et participe à la rédaction de leur Règle, un code de vie strict mêlant idéaux monastiques et obligations militaires.
Hugues de Payns, un enfant du pays
Le fondateur et premier Grand Maître de l'Ordre, Hugues de Payns, est un seigneur champenois né à Payns, petit village situé à une quinzaine de kilomètres au nord de Troyes. Après avoir combattu en Terre sainte, il revient en Europe pour structurer l'Ordre avec le soutien des seigneurs locaux.
📍 À visiter Si vous êtes en voiture, faites un détour par Payns. Le Musée Hugues de Payns y présente, sur le site même de la première commanderie templière d'Occident, des vestiges archéologiques, maquettes et documents passionnants.
Le soutien des Comtes de Champagne
Les Templiers doivent beaucoup à la générosité des Comtes de Champagne. Le plus spectaculaire est le geste du comte Hugues Iᵉʳ de Champagne : ami d'Hugues de Payns, il donne de vastes terres aux Templiers avant de renoncer en 1125 à ses titres, sa fortune et sa femme pour entrer lui-même dans l'Ordre comme simple frère.
Les Templiers et les Foires de Champagne
Aux XIIᵉ et XIIIᵉ siècles, Troyes devient l'une des capitales des célèbres Foires de Champagne, le plus grand centre commercial d'Europe occidentale. Marchands italiens, flamands, allemands et français s'y retrouvaient pour échanger draps, épices, fourrures et métaux précieux.
Les Templiers, excellents administrateurs et financiers, y développent un réseau bancaire innovant. Ils popularisent notamment la lettre de change, véritable ancêtre du chèque et du virement : un marchand pouvait déposer son argent dans une commanderie à Troyes et le retirer en sécurité à Paris, en Italie ou même en Terre sainte.
La chute de l'Ordre
13 octobre 1307
L'arrestation massive
Au début du XIVᵉ siècle, la richesse et l'indépendance des Templiers irritent le roi de France Philippe IV le Bel. Il ordonne l'arrestation massive de tous les Templiers du royaume. Beaucoup sont torturés et accusés d'hérésie. Une partie est exécutée — notamment 54 à Paris en 1310 et le Grand Maître Jacques de Molay en 1314.
1312
La dissolution
Le pape Clément V prononce la dissolution officielle de l'Ordre du Temple. Les biens templiers sont en grande partie transférés à l'Ordre des Hospitaliers.
Sur les traces des Templiers à Troyes
🏛 Cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul C'est sur cet emplacement que s'est tenu le Concile de 1129. La magnifique cathédrale gothique que vous voyez aujourd'hui a été construite bien après.
🏰 Ancienne commanderie de Troyes La commanderie principale se trouvait dans le centre-ville, notamment autour de l'actuelle rue du Temple et du secteur de la Préfecture. Un vaste complexe avec église, granges, logements et activités économiques liées aux foires.
📚 Médiathèque Jacques-Chirac Troyes conserve un fonds exceptionnel de manuscrits médiévaux (inscrit à l'UNESCO). On y trouve parfois des expositions liées à l'histoire templière.
Les dates clés
• 1119-1120 : Fondation de l'Ordre en Terre sainte
• 13 janvier 1129 : Concile de Troyes — acte de naissance officiel
• Hugues de Payns : Fondateur né à Payns, près de Troyes
• Lettres de change : Innovation bancaire popularisée lors des foires
• 1307-1312 : Arrestations, procès et dissolution de l'Ordre
Le destin des Templiers, à la croix rouge sur manteau blanc, s'est noué ici, à Troyes.




LES EDIFICES RELIGIEUX
La « ville aux dix églises »
Anecdotes, repères historiques et explications pour parcourir le patrimoine religieux exceptionnel de Troyes.
1. Pourquoi autant d'édifices religieux à Troyes ?
Troyes est parfois surnommée la « ville aux dix églises ». Pour comprendre cette concentration exceptionnelle, il faut remonter au Moyen Âge et à la Renaissance.
À cette époque, Troyes était l'une des cités les plus riches du royaume de France, principalement grâce aux célèbres Foires de Champagne, qui attiraient des marchands de toute l'Europe. Cette prospérité a permis aux comtes de Champagne, aux riches marchands et aux puissantes corporations de financer la construction de nombreuses paroisses, couvents et églises monumentales.
Un autre événement a façonné le visage religieux de la ville : le grand incendie de 1524. Loin de décourager les habitants, cette catastrophe a déclenché un immense élan de reconstruction et d'embellissement au cours du XVIᵉ siècle. La ville devient alors un centre artistique majeur, réputé pour l'excellence de son art du vitrail et de sa sculpture religieuse : l'École troyenne.
2. Église, basilique, cathédrale : quelle différence ?
Église : Lieu de culte chrétien ordinaire, destiné à la communauté locale et desservant une paroisse précise. À Troyes : la majorité des édifices (Sainte-Madeleine, Saint-Jean-au-Marché…).
Cathédrale : Lieu de culte principal d'un diocèse. Son nom vient de la cathèdre, le siège de l'évêque symbolisant son autorité spirituelle. À Troyes : la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul, unique siège du diocèse.
Basilique : Titre honorifique accordé par le Pape à une église en raison de son importance spirituelle, historique ou architecturale. À Troyes : la basilique Saint-Urbain, basilique mineure.
Note : une même église peut parfois être à la fois basilique et cathédrale dans certaines grandes villes, mais ce n'est pas le cas à Troyes, où les rôles sont bien distincts.
3. Les dix édifices majeurs
Cathédrale
Cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul
Siège officiel du diocèse de Troyes, elle impressionne par ses dimensions et son histoire millénaire.
Basilique mineure
Basilique Saint-Urbain
Chef-d'œuvre du gothique rayonnant, fondée par le pape Urbain IV sur la terre de sa maison natale.
Église paroissiale
Église Sainte-Madeleine
Considérée comme la plus ancienne église de Troyes, elle cache un trésor de sculpture unique en France (son jubé).
Église paroissiale
Église Saint-Jean-au-Marché
Au cœur du quartier marchand, elle fut le lieu du mariage royal entre Louis XII et Anne de Bretagne.
Église paroissiale
Église Saint-Pantaléon
Réputée pour la beauté de ses verrières et sa riche collection de statues rescapées de la Révolution.
Église paroissiale
Église Saint-Nizier
Reconnaissable à ses tuiles vernissées de style bourguignon, elle s'élève à proximité immédiate de la cathédrale.
Église paroissiale
Église Saint-Rémy
Dotée d'un clocher tors (torsadé) de 60 mètres de haut, c'est une importante paroisse historique.
Église paroissiale
Église Saint-Nicolas
Construite après l'incendie de 1524, elle possède une tribune monumentale et un calvaire remarquable.
Église paroissiale
Église Saint-Martin-ès-Vignes
Autrefois hors des remparts, son histoire est liée aux anciens vignobles qui entouraient la ville.
Église paroissiale
Notre-Dame-des-Trévois
Édifice plus récent (XXᵉ siècle), témoin de l'extension de la ville et de la continuité de l'art religieux moderne.
4. Pourquoi le nom d'un saint ?
Dans la tradition catholique, chaque église est placée sous le patronage d'un saint (ou d'un mystère comme Notre-Dame), choisi comme protecteur céleste de la communauté. Ce choix reflète une dévotion locale, la présence de reliques, l'histoire du quartier ou celle du fondateur.
Saint Pierre
Apôtre de Jésus, considéré comme le premier évêque de Rome et le premier pape. Il tient les clés du Royaume des Cieux. Placer la cathédrale sous son nom symbolise l'ancrage de la ville dans l'autorité de l'Église universelle.
Saint Paul
D'abord persécuteur des chrétiens sous le nom de Saul, il se convertit sur le chemin de Damas. Devenu le plus grand missionnaire du christianisme primitif, ses épîtres ont diffusé la foi dans tout l'Empire romain.
Saint Urbain
La basilique rend hommage au pape Urbain IV (Jacques Pantaléon), né à Troyes, fils d'un humble savetier. Devenu pape, il fit bâtir cette église à l'emplacement exact de la boutique de son enfance.
Sainte Madeleine
Marie de Magdala, disciple de la première heure, est la première à voir Jésus ressuscité, ce qui lui vaut le titre d'« Apôtre des Apôtres ». Elle incarne le repentir, la conversion profonde et la fidélité absolue.
Saint Jean
« Le disciple que Jésus aimait », auteur traditionnel du quatrième Évangile et de l'Apocalypse. Représenté par l'aigle, son nom évoque la haute théologie et l'amour fraternel. Son église est au cœur du quartier des marchés.
Saint Pantaléon
Médecin impérial de Nicomédie (IVᵉ siècle), il convertissait ses patients en les guérissant au nom du Christ. Martyr, il fait partie des « saints guérisseurs » invoqués contre les maladies et les épidémies.
Saint Nizier
Grand évêque de Lyon au VIᵉ siècle, réputé pour sa charité et sa fermeté face aux rois mérovingiens. Son culte s'est propagé en Champagne à la suite de l'arrivée de reliques.
Saint Rémy
Illustre évêque de Reims, il baptisa vers 496 le roi des Francs Clovis, scellant l'alliance entre la monarchie et l'Église. Son patronage souligne l'attachement de la Champagne à la Couronne.
Saint Nicolas
Évêque de Myre (IVᵉ siècle), célèbre pour sa générosité envers les pauvres et les enfants. Patron des marins, marchands et voyageurs, son église était idéalement située près des axes de passage pour rassurer les marchands des foires.
Saint Martin
Soldat romain devenu évêque de Tours (IVᵉ siècle), célèbre pour avoir partagé son manteau avec un pauvre à Amiens. Son nom évoque l'évangélisation rurale et le partage ; son église était implantée au milieu des anciennes vignes.
Notre-Dame (la Vierge Marie)
Titre de dévotion attribué à la mère de Jésus, reine des saints et intercesseure suprême. Notre-Dame-des-Trévois place tout le quartier sud sous sa protection maternelle.
5. Chef-d'œuvre : le jubé de Sainte-Madeleine
Qu'est-ce qu'un jubé ?
Une tribune monumentale ou cloison richement sculptée qui, dans les églises médiévales, séparait physiquement et symboliquement la nef (où se tenaient les fidèles) du chœur (espace sacré réservé au clergé).
À quoi servait-il ?
Il marquait la frontière entre le monde des laïcs et l'espace sacré ; servait de tribune de lecture pour proclamer l'Évangile et l'Épître ; portait à son sommet une immense croix (« poutre de gloire ») ; et son décor sculpté offrait une catéchèse visuelle aux fidèles souvent illettrés.
Origine du mot « Jubé » vient des premiers mots latins que prononçait le lecteur avant sa lecture publique : « Jube, Domine, benedicere » — « Seigneur, veuillez me bénir ».
Pourquoi ont-ils presque tous disparu ?
Au XVIᵉ siècle, le Concile de Trente transforme la liturgie : l'Église souhaite rendre les cérémonies visibles de tous. Perçus comme des barrières obsolètes, les jubés sont massivement détruits en Europe aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles. En admirer un debout aujourd'hui est une chance inestimable.
Le jubé de Troyes
Datation : tout début du XVIᵉ siècle, entre 1508 et 1517. Style : chef-d'œuvre de transition entre le gothique flamboyant et la Renaissance française. Auteur : attribué au sculpteur local Jean Gailde. Si fier de son œuvre qu'il demanda à être enterré sous le jubé même — sa sépulture s'y trouve encore.
Esthétique : une véritable « dentelle de pierre », tant ses détails et ses arcades suspendues semblent défier la gravité.
👀 Observez « Regardez la finesse de cette pierre… on dirait du tissu, et pourtant c'est de la craie ! Au Moyen Âge, en entrant ici, vous ne voyiez presque rien des cérémonies : le chœur était caché derrière cette frontière de pierre. Presque tous les jubés de France ont été cassés au fil des siècles. Celui-ci est un survivant miraculeux, l'un des plus précieux trésors d'architecture de notre pays. »
LES GRANDS SINISTRES
Troyes face au feu et à l'eau
Si Troyes vous séduit aujourd'hui par ses maisons à pans de bois et ses ruelles colorées, c'est qu'elle est une grande rescapée. Incendies, crues, guerres : à chaque épreuve, la ville s'est relevée — et c'est souvent de ces catastrophes qu'est né son visage actuel.
En quelques mots
Cette belle unité de façades, ces colombages serrés, ces ruelles figées au XVIᵉ siècle racontent une histoire de destructions et de renaissances. Trois éléments ont sans cesse mis Troyes à l'épreuve — le feu, l'eau et la guerre — et c'est en se reconstruisant que la ville est devenue celle que vous visitez. Ce guide vous propose de la lire à travers ses cicatrices.
Le feu : de la cendre à la Renaissance
Pendant tout le Moyen Âge, Troyes est une ville de bois, de chaume et d'ateliers — donc une ville qui brûle. Les grands incendies y reviennent comme une menace permanente, jusqu'au drame de 1524 qui, paradoxalement, lui offrira sa plus belle parure.
888 – 892
Les Normands mettent la ville à feu
Bien avant les grands incendies accidentels, ce sont les raids normands qui ravagent Troyes à la fin du IXᵉ siècle, détruisant à plusieurs reprises la ville et sa cathédrale primitive. La cité apprend tôt à se reconstruire.
23 juillet 1188
Le grand incendie médiéval
En pleine période des Foires de Champagne, un violent incendie ravage une large partie de la ville. Il détruit la cathédrale romane, le palais des comtes, la collégiale Saint-Étienne et l'abbaye Notre-Dame-aux-Nonnains — où plusieurs religieuses périssent et où toutes les archives partent en fumée.
Ce drame a une conséquence heureuse : c'est lui qui décide la reconstruction de la cathédrale en style gothique, celle que vous admirez aujourd'hui. Les travaux commencent vers 1200 et se poursuivront pendant plus de quatre siècles.
XIIIᵉ – XIVᵉ siècles
La rançon d'une ville d'ateliers
Un nouvel incendie touche la ville dès 1209. Dans les quartiers denses du « corps de ville », le feu fait partie du quotidien : forges, fours de boulangers, cuves de teinturiers et cuisines au cœur de maisons en bois multiplient les départs de feu. Les habitants s'organisent et postent des guetteurs au sommet des clochers.
24 – 26 mai 1524
Le « Grand Feu » : le cataclysme fondateur
C'est LE sinistre que tout Troyen connaît. Le soir du 24 mai 1524, vers 23 heures, un feu se déclare dans la maison d'un apothicaire, à l'angle des actuelles rues Émile-Zola et Saussier. Attisé par un vent violent, il brûle la ville sans discontinuer pendant 26 heures, jusque dans la nuit du 26 mai.
Le bilan est terrible : environ un quart de la ville anéanti, un tiers de la population sinistré, près de 3 000 maisons détruites et quelque 7 500 habitants jetés à la rue. Les quartiers de Croncels, Saint-Jean et du Beffroi sont dévastés ; les grosses cloches de Saint-Jean-au-Marché fondent dans le brasier.
Et pourtant… c'est de ce désastre que naît la ville actuelle. Au cours du « Beau XVIᵉ », Troyes se reconstruit presque d'un bloc. Plutôt que la pierre, trop coûteuse, les artisans réemploient le bois mais inventent ce que vous admirez : les maisons à pans de bois, désormais séparées par des murs coupe-feu en maçonnerie, et l'on en profite pour élargir certaines rues.
👀 Observez « Sans la tragédie de 1524, le centre de Troyes n'aurait pas ce visage si homogène et pittoresque. Le quartier que vous traversez est, littéralement, né des cendres : une ville Renaissance reconstruite en quelques décennies sur les ruines de la cité médiévale. »
XVIIᵉ – XIXᵉ siècles
L'âge industriel et ses nouveaux risques
Devenue capitale de la bonneterie, Troyes ne craint plus l'embrasement général — les premiers corps de pompiers veillent — mais ses usines, entrepôts de laine et de coton et machines à vapeur offrent au feu un nouveau terrain. Les incendies frappent désormais des ateliers plutôt que la ville entière.
L'eau : dompter la Seine et ses bras
Troyes est une ville d'eau. La Seine s'y divise en multiples bras et canaux qui font tourner les moulins et vivre les tanneurs et papetiers — mais qui, à chaque automne pluvieux ou fonte des neiges, menacent d'envahir les quartiers bas.
Sous l'Ancien Régime
Une ville à demi amphibie
Pendant des siècles, l'eau rythme la vie quotidienne. Les crues de 1866 et 1896, déjà mémorables, inondent régulièrement les quartiers bas et coupent les routes d'accès. Vivre à Troyes, c'est composer avec le fleuve.
21 – 22 janvier 1910
La grande crue : Troyes sous les eaux
La même crue centennale qui submerge Paris frappe Troyes. Après des jours de pluie, la Seine et ses dérivations débordent. Le 21 janvier, 60 cm d'eau envahissent les quartiers des Tauxelles, des Charmilles, du Vouldy, de la Moline et de la Vacherie.
Le 22, au pic de la crue, l'eau gagne le centre : la Préfecture, le bas de la rue Émile-Zola, la rue Urbain-IV, la place de l'Hôtel-de-Ville. Les canalisations cèdent, les usines s'arrêtent, les tramways ne circulent plus, des ponts sont emportés. À Saint-Parres-aux-Tertres, isolée, le maire doit gagner Troyes en barque pour rapporter des vivres.
XXᵉ siècle
Des crues à répétition
Le fleuve récidive régulièrement : 1924, 1955, 1970, 1977, 1983, 1991, 1993, 1994, 1995… inondant caves historiques et secteurs périphériques. La question n'est jamais « si », mais « quand ».
La parade moderne : les Grands Lacs de Champagne Pour protéger Troyes — et Paris en aval — d'immenses réservoirs ont été aménagés en amont : le lac d'Orient et ses voisins de la Forêt d'Orient, ainsi que le grand lac du Der sur la Marne. Ils stockent l'eau l'hiver pour éviter les crues et la restituent l'été. Grâce à eux, Troyes a depuis échappé à de nouveaux désastres. Ces lacs sont aussi de superbes lieux de promenade et de baignade, à une vingtaine de minutes de la ville.
Ce qu'il faut retenir
Troyes a été détruite et reconstruite tant de fois que son patrimoine est, en grande partie, le produit de ses catastrophes : l'incendie de 1188 a donné la cathédrale gothique ; celui de 1524 a donné les maisons à pans de bois ; les crues ont façonné une ville d'eau aujourd'hui protégée par les Grands Lacs ; et les guerres, si elles ont meurtri la cité, ont curieusement épargné son centre ancien.
La phrase de conclusion « Troyes a été reconstruite plusieurs fois au cours de son histoire. Si nous admirons aujourd'hui ses maisons à colombages, c'est en grande partie grâce au gigantesque incendie de 1524 qui détruisit une partie de la cité médiévale. Quant aux crues de la Seine, elles ont longtemps rythmé la vie des Troyens, avant que les grands lacs-réservoirs du XXᵉ siècle ne permettent enfin de les maîtriser. »
Bonne visite — au fil du feu, de l'eau et des siècles.






